Le cannabigérol, mieux connu sous le nom de CBG, suscite un intérêt croissant chez les chercheurs qui étudient les relations entre les cannabinoïdes et le système immunitaire. Alors que le CBD et le THC ont longtemps dominé la recherche sur les cannabinoïdes, les scientifiques s’intéressent désormais davantage aux cannabinoïdes présents en plus faibles concentrations et posent une question plus précise : comment chaque cannabinoïde peut-il influencer des cellules immunitaires et des voies de signalisation spécifiques ?
Une étude récemment publiée en fournit un exemple intéressant. Les chercheurs ont examiné la manière dont du CBG purifié interagit avec les neutrophiles, un type de globules blancs qui joue un rôle important dans la réponse immunitaire rapide de l’organisme.
Les neutrophiles – essentiels, mais potentiellement destructeurs
Les neutrophiles figurent parmi les premiers intervenants du système immunitaire. Lorsqu’un tissu est lésé ou qu’une infection se développe, des signaux chimiques attirent les neutrophiles vers la zone concernée. Ils circulent dans le sang, pénètrent dans les tissus et aident l’organisme à répondre à la menace.
Cette réponse est essentielle. Cependant, une activité excessive ou prolongée des neutrophiles peut également contribuer à l’inflammation et aux lésions tissulaires. La polyarthrite rhumatoïde est l’une des pathologies dans lesquelles les neutrophiles participent à l’environnement inflammatoire des articulations touchées.
Les chercheurs ont donc voulu déterminer si le CBG pouvait influencer certaines de ces activités des neutrophiles.
L’étude a porté sur des neutrophiles humains isolés à partir de sang et étudiés en laboratoire. Les chercheurs ont constaté que le CBG réduisait, de manière dépendante de la concentration, la sécrétion de deux molécules de signalisation pro-inflammatoires importantes, le TNF-α et l’IL-6. Il a également influencé des voies de signalisation intracellulaires impliquant p38-MAPK, ERK1/2 et Akt.
Le comportement de migration des neutrophiles s’est révélé particulièrement intéressant.
Les neutrophiles répondent normalement à des signaux chimiques qui leur indiquent, en substance, où ils sont nécessaires. Dans les expériences, le CBG a réduit de 67 % la migration des neutrophiles vers la molécule de signalisation IL-8. Une partie de l’effet du CBG sur l’IL-6 semblait également impliquer le récepteur cannabinoïde CB2, un récepteur qui suscite depuis longtemps l’intérêt en raison de son lien avec la fonction immunitaire.
Des cellules à un modèle animal
Les chercheurs sont ensuite passés à un autre niveau d’expérimentation en utilisant un modèle murin de polyarthrite rhumatoïde.
Le traitement par CBG a été associé à des scores cliniques d’arthrite plus faibles et à une diminution du recrutement des cellules immunitaires dans les articulations enflammées. Le recrutement total des leucocytes a diminué, les chercheurs observant des changements en particulier au niveau des neutrophiles et des monocytes. Plusieurs molécules de signalisation inflammatoire ont également été réduites dans le sang ou les tissus articulaires.
Ces résultats sont sans aucun doute intéressants. Mais c’est précisément ici qu’une interprétation responsable de la science des cannabinoïdes devient particulièrement importante.
Un mécanisme n’est pas un médicament
Plusieurs étapes séparent la découverte d’un effet biologique de la démonstration d’un traitement médical.
Un mécanisme observé en laboratoire nous indique qu’une substance peut influencer une cellule, un récepteur ou une voie de signalisation donnée dans des conditions expérimentales contrôlées.
Une étude animale va un peu plus loin en montrant ce qui peut se produire dans un système biologique vivant. Elle peut révéler des interactions que les expériences sur des cellules isolées ne permettent pas d’observer.
Une étude clinique, en revanche, cherche à déterminer si une intervention est sûre et efficace chez l’être humain dans des conditions soigneusement contrôlées.
Ces différentes étapes ne peuvent pas être considérées comme interchangeables.
Les nouvelles recherches sur le CBG apportent des éléments montrant une activité biologique impliquant les neutrophiles et la signalisation inflammatoire. Elles ne démontrent pas que le CBG traite la polyarthrite rhumatoïde chez l’être humain. Les chercheurs eux-mêmes qualifient leurs résultats de précliniques et précisent qu’une validation supplémentaire est nécessaire avant que le CBG puisse être envisagé dans un contexte thérapeutique.
Un domaine en pleine expansion : l’immunologie des cannabinoïdes
Cette distinction ne rend pas la recherche moins passionnante. À bien des égards, elle la rend même plus intéressante.
La recherche sur les cannabinoïdes dépasse de plus en plus la question générale de savoir s’ils « réduisent l’inflammation ». Les scientifiques peuvent désormais étudier quelles cellules immunitaires réagissent, quels récepteurs sont impliqués et quelles voies de signalisation moléculaire sont modifiées.
Le CBG s’inscrit progressivement dans cette histoire scientifique beaucoup plus vaste.
Plutôt que de nous fournir une réponse définitive, ce type de recherche apporte une nouvelle pièce au puzzle. Il suggère que les cannabinoïdes peuvent interagir avec la biologie immunitaire de manière très spécifique et offre aux chercheurs de nouveaux mécanismes à explorer.
Pour le CBG, le chemin qui mène d’un cannabinoïde mineur intrigant à un composé biologique mieux compris est encore largement en cours. Et comme le montre cette étude récente, il reste encore beaucoup à apprendre sur le dialogue qui s’établit entre les cannabinoïdes et notre système immunitaire.
Référence de l’étude : PubMed PMID 42075816 – https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/42075816/
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